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4 février 2015 3 04 /02 /février /2015 13:05

La capacité du parent à donner

Dans le cadre de notre travail en service de placement familial, la capacité des parents à donner est peu évoquée. Les capacités parentales sont très souvent sous estimées dans le discours des travailleurs sociaux. Les limites et carences parentales sont mises en avant pour décrire les difficultés des parents des enfants accueillis, dans une idée un peu "réductrice" et "enfermante" de ce qu'ils sont, et souvent également, dans une difficulté à leur reconnaître des possibilités d'évolution. Ils sont stigmatisés dans leurs actes de parent "maltraitant", "abuseur", "défaillant". L'approche contextuelle s'appuie sur un dépassement des représentations figées où chacun reste placé dans son statut, pour aller vers un maillage relationnel où la contribution de chacun est reconnue comme un engagement à alléger la vie future.

En service de placement familial, nous travaillons avec des parents qui sont, pour la plupart, sous une injonction judiciaire. Le placement d'un enfant est prononcé, selon l’article 375 du code civile relatif à la protection de l’enfance, «si la santé, la sécurité ou la moralité d’un mineur non émancipé sont en danger, ou si les conditions de son éducation ou de son développement physique, affectif, intellectuel et social sont gravement ou compromises des mesures d’assistance éducative peuvent être ordonnées par justice… ». Le placement renvoie les parents à leur impossibilité, leur incapacité, à assumer le destin de leur enfant.

La plupart d'entre eux ont une image dévalorisée d'eux-mêmes. Ils expliquent qu'ils se sentent jugés, destitués dans leur rôle de parent. Certains expriment ressentir de la honte face à la situation de placement de leur enfant.

La question de la capacité des parents à donner à leur enfant me parait tout à fait essentielle dans le cadre de notre travail. L'apport de l'approche contextuelle m'a confortée dans cette vision de mon travail et de mon accompagnement auprès des parents et autour des relations parent-enfant. L’idée de mettre en avant les capacités parentales, d'explorer et de faire émerger les ressources des parents au cours des entretiens, d'apporter du crédit à leurs contributions me parait tout à fait intéressante pour favoriser de part et d'autre un gain de légitimité constructive.

Cette approche permet une orientation différente dans les entretiens qui sont centrés davantage sur le contexte et l'appui relationnel dans le sens d'une responsabilisation et d'un engagement, tournés vers le futur.

Le dialogue autour du donner-recevoir permet de faire émerger les ressources des parents du côté des enfants mais également, leur permet de considérer et de réaliser leurs propres capacités à donner à leurs enfants, ce qu'eux mêmes n'imaginaient pas. Le fait de solliciter ou d'accepter l'accompagnement proposé, de s'engager dans ce travail, dans le souci et l'intérêt de son enfant et de ses relations avec lui est une façon de donner à son enfant. Parallèlement, le récit d’anecdotes de part et d’autre permet une réflexion autour de la façon dont le parent peut se préoccuper de son enfant, s’engager vis-à-vis de lui et le soutenir.

Mme C était décrite par les travailleurs sociaux comme difficilement abordable, peu dans l'échange, très méfiante et sur la défensive, voire même agressive lors de ses fréquentes périodes d'alcoolisation.

L'approche contextuelle, qui met en avant le postulat selon lequel le donner et le recevoir est inhérent à chaque relation humaine m'a soutenue dans ma démarche auprès de cette mère malgré les propos qui se véhiculaient à son encontre. D'emblée, Mme C a adhéré à notre proposition de travail, expliquant qu'elle souhaitait que ses relations avec son fils s'améliorent. Mme C donne à son fils, ne serait ce qu'en acceptant de collaborer avec nous, dans le souci et l'intérêt de son enfant et de ses relations avec lui. Egalement, en acceptant de lui parler de son père, un sujet difficile et douloureux qu'elle n'était pas parvenue à aborder avec son fils. . Elle lui apportera à l'entretien suivant une photo, puis lui donnera la possibilité de lui téléphoner, dans un premier temps par mon intermédiaire. Au cours des différents entretiens, Mme C donne également à son fils la possibilité de le restituer dans son histoire en lui relatant des évènements de sa petite enfance, mais également autour de sa propre enfance avec ses parents, ses frères et soeurs (grands-parents, oncles et tantes de L). Elle a accordé ensuite à son fils plusieurs journées où elle s’organisait pour se trouver seule avec lui, à la grande joie de L. Ainsi, nous avons pu échanger sur la satisfaction apportée à l'un et l'autre dans ces moments de partage. La reconnaissance du donner et recevoir permet un gain de légitimité, du côté de la mère mais également du côté de L, qui permet à sa mère de donner.

La capacité de l’enfant à donner

D'après Ducommun Nagy, "les enfants sont attachés à leurs parents par toutes sortes de liens". "Il s’agit de liens de dépendance matérielle, de dépendance émotionnelle et surtout de liens de loyauté".

La loyauté familiale signifie que les sujets liés par le sang ont le droit de recevoir et de donner de manière prioritaire. La loyauté fait apparaître l'enfant comme un sujet "apportant" et en droit de donner.

Ainsi, l'approche contextuelle s'appuie sur une prise en compte de la réciprocité de la responsabilité et de l'engagement au sein des relations parents-enfants, même les plus précoces. "Enfants et parents sont à égalité dans le souci et la préoccupation des uns par rapport aux autres".

L’idée de mettre en avant l'enfant comme capable de soutien à ses parents, développée par l’approche contextuelle, me permet d'aborder les préoccupations d’un enfant pour son parent sous un autre aspect. J’aurais auparavant encouragé l'enfant à rester à sa place d'enfant avec les préoccupations liées à son âge. J'avais l'idée que le fait d'être soutenu par son enfant mettait en évidence la "défaillance" du parent. L'approche contextuelle me permet d’utiliser le souci de l'enfant vis à vis de son parent comme une ressource et m'amène à favoriser la reconnaissance du mérite de l'enfant. Les entretiens peuvent alors être orientés autour de la capacité de l'enfant à donner. (Qu’est ce que l'enfant donne à son parent? Qu’a-t-il donné lorsqu'il était petit enfant ? Comment? Ce don a-t-il été reconnu par son parent ? Quelles sont ses tentatives de soutien de l'enfant vis à vis de son parent?).

Dans le cadre de ma pratique, où les relations parent-enfant sont souvent considérées comme "mauvaises" ou "altérées", cette notion est une réelle ouverture qui permet de mettre en avant les ressources du parent et de l'enfant, les capacités d’échange et le gain mutuel pour tenter de faire émerger de part et d'autre ce qui, dans la relation, permet un gain de légitimité constructive.

Au fil des entretiens, L a pu exprimer des préoccupations pour sa mère. Par exemple, lorsque sa mère a beaucoup pleuré, au cours d'un entretien, parce qu'elle expliquait qu'elle rencontrait d'importantes difficultés dans son couple, L m'a questionnée, s'inquiétant de la tristesse de sa mère.

Cette préoccupation de L pour sa mère a été évoquée également au cours d'un entretien de manière plus concrète : L m'avait relaté les propos de sa petite soeur, qui lui avait raconté que son père avait frappé leur mère, que les gendarmes étaient venus. L s'inquiète pour sa mère et sur ce qui se passe au domicile. Il s'inquiète également pour sa petite soeur qui vit au domicile. Il explique également son souci pour A (son beau-père), même si devant sa mère, il dira par la suite qu'il ne l'aime pas.

Dans un premier temps, Mme C s'est montrée surprise du fait que L aie connaissance de cet évènement dont elle ne lui avait pas parlé. Puis, devant le souci évoqué pour elle par son fils, la mère de L répond que ce n'est pas normal, qu'elle ne veut pas qu'il s'inquiète pour elle, qu'il est encore petit et que ses préoccupations doivent aller vers celles d'un enfant de son âge. Mme C refuse son effort par rapport à son soutien envers elle. Elle parvient, après avoir elle-même exprimé le souci qu'elle avait eu pour ses propres parents, à entendre, reconnaître puis se montrer très touchée et reconnaissante par les préoccupations et les tentatives de soutien de son fils pour lui venir en aide. Par là même, Mme C apporte du crédit mais également gagne du crédit en reconnaissant les contributions de son fils.

Lire la suite et fin demain ...

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Catherine TISSOT

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